Créateur de streetwear : Qui a été le premier ?

Impossible de raconter la naissance du streetwear en une seule signature. Ce mouvement n’est pas l’œuvre d’un fondateur solitaire, mais le fruit de multiples élans, parfois isolés, souvent inconscients les uns des autres. Dès les débuts, différentes marques voient le jour dans des poches urbaines éloignées, portées par des esprits curieux qui s’ignorent.

Il faut du temps avant que le phénomène accède à une forme de légitimité. Longtemps, le streetwear reste l’affaire de passionnés, hors du radar des institutions. Mais certains labels changent la donne, forgent une nouvelle grammaire du style et ouvrent la porte à une industrie aujourd’hui planétaire.

Aux origines du streetwear : naissance d’un mouvement culturel

Début des années 80, New York s’enflamme. Les graffitis redessinent l’espace public, le skate et le hip-hop s’imposent comme des évidences pour toute une jeunesse qui invente sa propre culture. Le streetwear apparaît au carrefour de ces courants. Il ne s’agit pas juste d’habits, mais d’une manière d’être, d’une prise de position. Rejeter les carcans de la mode conventionnelle, chercher la sincérité dans chaque détail.

À l’Ouest, sur les plages de Californie, l’esprit du surf insuffle une énergie différente mais tout aussi rebelle. Les sweats amples, les t-shirts ornés de dessins, les baskets déjà marquées par la route ou le sable racontent une histoire d’émancipation. Pendant ce temps, Tokyo expérimente à sa façon : Harajuku devient le centre d’une effervescence urbaine, où l’influence américaine rencontre l’identité japonaise.

Ces influences fondatrices dessinent les contours du streetwear :

  • Skate et surf : la contestation sportive, l’approche décontractée, l’envie de s’affranchir des règles.
  • Hip-hop : la force du collectif, la revendication d’une appartenance et d’une culture propre.
  • New York et Tokyo : laboratoires de création où se mêlent et s’entrechoquent les idées.

De ce brassage naît une mode qui refuse le conformisme. Chaque vêtement, chaque imprimé, chaque coupe porte la trace d’une époque qui revendique la différence. Le streetwear devient une déclaration. D’abord conçu pour celles et ceux que la société préfère ignorer, il transforme la rue en scène de défilé. Peu à peu, la vague gagne l’Europe, infuse Paris, Londres, Milan, Amsterdam. Ce mouvement n’a jamais cessé de se réinventer, brouillant sans cesse la frontière entre style et identité.

Qui peut vraiment être considéré comme le premier créateur de streetwear ?

Les passionnés de mode urbaine s’affrontent encore sur ce point. Deux figures reviennent sans cesse : Shawn Stussy et James Jebbia. Le premier, surfeur californien, imagine la marque Stussy à la fin des années 80. Il commence par apposer sa signature sur des planches, puis sur des t-shirts. L’esprit est là : logo reconnaissable, coupes larges, esthétique empruntée au surf et au skate. Stussy ne cherche pas les honneurs de la haute couture ; il parle à ceux qui vivent la rue intensément.

Pendant ce temps, à New York, James Jebbia inaugure Supreme. Ici, on change de décor : le skate, le hip-hop, l’énergie urbaine deviennent la matière première. Jebbia ne vend pas simplement des vêtements ; il façonne un repère, un lieu de rencontre pour les skateurs et les amateurs de culture urbaine. Supreme se distingue rapidement par son approche communautaire, ses collaborations inattendues et ses choix de distribution aiguisés.

Pour mieux cerner ce duel de pionniers, voici ce qui les distingue :

  • Shawn Stussy : l’avant-garde de la côte Ouest, une marque de fabrique graphique, une inspiration puisée dans le surf et le skate.
  • James Jebbia : new-yorkais, fondateur de Supreme, moteur d’une révolution planétaire du streetwear.

Ce débat ne trouvera sans doute jamais de réponse définitive. Stussy incarne la créativité, Jebbia l’art de fédérer. Aucun ne revendique le statut de « premier ». Le streetwear a grandi dans les croisements, les influences multiples, les réinventions successives, loin d’une histoire simple et linéaire.

Des marques pionnières aux icônes actuelles : comment le streetwear a conquis la mode

L’ascension du streetwear doit beaucoup à l’audace de certaines marques. Nike et Adidas, déjà reines dans le domaine sportif, investissent l’univers urbain et font du vêtement un marqueur d’identité. En collaborant avec des artistes, des skateurs, des musiciens, elles acquièrent une crédibilité nouvelle. À Paris, le collectif Pigalle symbolise cette fusion entre culture locale et esthétique globale.

Sur la scène internationale, des noms comme Virgil Abloh (Off-White), Heron Preston ou Shayne Oliver renversent les codes établis. Virgil Abloh, par exemple, en intégrant la direction artistique de Louis Vuitton homme, bouleverse la tradition en mariant streetwear et luxe. Les cloisons tombent. Sur les podiums de Paris, Milan ou Amsterdam, les sweats à capuche et baskets s’invitent aux côtés des costumes sur-mesure.

Voici quelques acteurs majeurs qui dessinent le visage du streetwear contemporain :

  • Off-White : trait d’union entre tendances urbaines et maisons de prestige.
  • New Guards Group : incubateur milanais, propulseur de labels comme Off-White ou Heron Preston.
  • Kanye West : force créative, référence incontournable, dont la ligne Yeezy influence toute une génération.

Désormais, la mode s’empare pleinement de ces codes, brouille la distinction entre masculin et féminin, efface les frontières générationnelles et géographiques. Le streetwear, version luxe, s’impose partout : Riccardo Tisci chez Burberry, l’inventivité japonaise, la créativité parisienne… Le mouvement irrigue la mode mondiale à une vitesse fulgurante.

Femme sketchant un hoodie dans un atelier créatif

Le streetwear aujourd’hui : influences, tendances et perspectives d’avenir

Le streetwear tient aujourd’hui le haut du pavé dans la mode. Sa force, c’est son agilité à intégrer les codes du luxe, du sport et de la culture urbaine sans s’y perdre. Les sneakers rythment les pas, les sweatshirts et t-shirts oversize dictent les silhouettes. Les frontières de genre s’estompent, le vêtement devient un terrain d’expression où chacun invente sa propre grammaire.

Plusieurs tendances dessinent aujourd’hui le streetwear le plus en vue :

  • Collaboration entre géants du luxe et marques indépendantes, pour des collections qui font sensation.
  • Lancements exclusifs lors du Black Friday ou d’événements très ciblés, suscitant l’attente et la ruée.
  • Rôle déterminant des réseaux sociaux, qui imposent de nouveaux styles en un clin d’œil.

En France, une nouvelle vague de créateurs parisiens s’affirme, bien décidés à s’émanciper des vieux dogmes. Les pièces partent en quelques minutes sur internet, preuve d’un engouement mondial qui ne connaît ni limites géographiques ni barrières générationnelles.

Les codes graphiques prennent le dessus, les matières techniques gagnent du terrain, et le logo se fait manifeste. Le streetwear luxe s’invite sur les catwalks, effaçant la frontière entre la rue et le podium. Cette énergie créative ne cesse de transformer l’industrie, inspirant aussi bien les grandes maisons que les nouveaux labels indépendants.

Le streetwear, d’abord murmure de la rue, est devenu le langage commun d’une génération qui refuse de se laisser enfermer. Demain, qui lui fixera des limites ?

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